Pourquoi trop chercher à responsabiliser son enfant le rend irresponsable ?

Il est essentiel de bien comprendre que souvent, à vouloir trop responsabiliser son enfant, on peut en faire un irresponsable notoire. 

L’enfant, plus que tout autre, vit dans l’instant. Et c’est cela qui fait sa force, et plus précisément : sa réceptivité à l’acquisition des savoirs, des langues, son ouverture d’esprit, sa créativité, sa sociabilité, sa flexibilité mentale, et même sa capacité de concentration aiguë qui se délite à l’adolescence (même si l’individu paraît plus “calme” en apparence, il est loin d’avoir la même présence à lui-même et à son environnement). 

L’enfant est fort. Il a une grande capacité d’action et un grand potentiel. Il analyse beaucoup de paramètres présents, très vite, et a un grand pouvoir de décision dans ce qu’il fait. Il a une grande capacité de changement et juge très justement les choses au fur et à mesure que ses expériences le forgent. 

Il vit chaque journée “à fond” et ses souvenirs sont bien plus vifs, colorés, et profonds que les nôtres à la fin de la journée. En fait, sa connectivité à l’instant, c’est cela qui le rend intelligent. Il construit et retient mille fois plus qu’un adulte au cours d’une journée. Pour lui, chaque moment est une opportunité. Il est connecté aux autres et à son instinct.

Le processus normal d’évolution de l’enfant est malheureusement biaisé et bloqué par de nombreux discours parentaux visant à : 

  • donner à l’enfant une liste de chose à penser (“tu vas faire ton français, puis manger, puis te brosser les dents, puis lire, puis te coucher, OK.? et n’oublie surtout pas d’arroser la plante)
  • ressasser des événements passés pour “lui faire rentrer dans le crâne” (tu te rappelles quand…. ne recommence pas, “pourquoi tu as fait ça?” “tu aurais dû…”)
  • remettre en question sa capacité de jugement : lui dire que penser des événements, ou quoi faire dans telle ou telle situation (si on te fait ça, tu feras ça… etc)

Ces préconisations partent d’une bonne intention. Qui ne veut pas que son enfant soit paré pour gérer l’adversité qu’on a dû gérer soi-même ? Quel parent ne souhaite pas que son enfant soit mature, et responsable ?
Mais c’est une erreur de stratégie. A cause du phénomène suivant :
Vous obligez l’enfant à vivre dans le futur. Ou dans le passé. Vous obligez l’enfant à se déconnecter de lui-même et de ses expériences pour analyser, anticiper, ou ressasser. Et donc de “rater” son expérience, en le coupant de son apprentissage. Vous lui développerez chez lui, certes une bonne mémoire, mais vous allez ruiner sa capacité de concentration. Alors que c’est à son âge que son corps et son esprit sont les plus vifs pour enregistrer les traces de ses expériences.

Vous pouvez aussi induire un sentiment de culpabilité : il se dira toujours “je dois penser à”, alors qu’il fait autre chose, “j’aurais dû” alors que l’expérience est terminée, et développera peut être des symptômes psychosomatiques de stress, une faible estime de soi, des difficultés d’attention et de concentration.

En effet, comment peut-on demander à quelqu’un, dans le même temps, de se concentrer sur ses devoirs, de s’investir à 100% ce qu’il fait, et en même temps exiger de lui qu’il pense à ce qui n’est pas présent, à ce qui n’est pas là, à ce qui n’existe plus ou pas encore ?

Un enfant qui pense trop à ce qu’il doit faire ou à la meilleure façon de se comporter se détache de la réalité et est paradoxalement un enfant irresponsable sur ce qu’il fait à l’instant T.

Il pourra chercher des moyens détournés pour se reconnecter à lui-même : stups à l’adolescence, fuite de la communication ou communication agressive (il ne vous écoutera plus pour se protéger, et c’est bien dommage, car vous pourriez lui être de bon conseil) et aura des difficultés à s’investir dans ce qu’il fait, et donc à faire des projets, il doutera de lui même. Il aura en fait une pensée “annexe” coupée de ce qu’il ressent et de son environnement. Il n’apprendra donc pas bien de ses expériences.

Sachez que l’instinct est la plus précieuse des intelligences. Et par instinct, j’entends traitement des informations présentes et connexion à soi. 

De nombreux adultes consultent pour des problèmes de cet ordre : ils sont stressés, pratiquent le yoga ou la pleine conscience pour se recentrer sur eux-mêmes et stopper l’anxiété, enchaînent les thérapies pour cesser de vivre dans le passé et s’ouvrir…

Finalement la maturité c’est : “Cesser de vouloir une vie différente (projections) et voir que tout ce qui nous arrive contribue à notre croissance personnelle” → Tout ce qu’il nous arrive… dans le présent.

Ne coupez pas votre enfant de lui-même, laisser le jouer, travailler, manger, marcher… sans le contraindre à penser ou à parler d’autre chose en même temps. Laissez le se concentrer sur ce qu’il fait sans l’interrompre ou le surcharger d’informations. Votre enfant à le droit de forger sa pensée, de vivre et de tirer pleinement profit de son expérience. Il a aussi le droit de penser à une chose à la fois, de faire un pas à la fois, car in fine, c’est comme ça qu’on escalade des montagnes.


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